07/10/2006

Erasmus blues

Je crois que je souffre actuellement d'un syndrome de Erasmus-blues, également connu sous le nom de "mais qu'est-ce que je fiche ici, en fin de compte?"

C'est vrai, maintenant que la pression et l'adrénaline suscitées par la première semaine d'installation est passée, je me sens un peu mélancolique tendance chiffon.

D'abord il a fallu quitter le Docteur D. . Ensuite je n'ai toujours pas trouvé les autres Français (mais où se cachent-ils, nom d'une pipe ?!) et j'aimerais bien pouvoir parler un peu français quand même, l'italien je reste malgré tout assez limitée. Et puis je me sens un peu toute seule, n'ayant pas pu participer à toutes les activités Erasmus de la semaine passée, étant trop occupée à me chercher un toit pour dormir. Du coup je suis un peu "sans ami(e)s" pour le moment. Je tâche de me dire que cela ne va pas durer, mais le week-end risque d'être un peu long, malgré tout.

05/10/2006

OSS 117, ou le labyrinthe du Minotaure revu et corrigé

Avez-vous vu OSS 117 Le Caire Nid d'Espions ? Si oui bravo, si non, dépêchez-vous d'aller dans votre vidéoclub le plus proche. Outre le fait qu'il s'agit d'un bon petit film où l'on rigole aussi souvent que facilement, il présente l'avantage de démontrer que Jean Dujardin n'est pas QUE l'insupportable Braïce de Naïce. Je ne vous referai pas la critique du film, mais me bornerai à vous rappeler ce qu'en disait les journaux lors de sa sortie, à savoir qu'il s'agit d'une réjouissante parodie des films de 007 des années 50, avec un Sean Connery jamais décoiffé, jamais en sueur, toujours souriant etc.

Quel est le rapport avec Pavie ? Je m'en vais vous le démontrer. Souvenez-vous, dans OSS 117, l'une des scènes mémorables est celle où le héros poursuit (vainement) un malfrat dans les rues labyrinthiques du Caire. Il passe quinze fois au même endroit, prend au pif à chaque croisement, bref, il est perdu, et pas qu'un peu.
 
Ici, c'est pareil.

L'Università degli Studie di Pavia est l'une des plus vieille d'Europe, avec La Sorbonne et Bologne. Comprenez par là qu'elle est splendide. De grandes salles voûtées aux plafonds recouverts de fresques, des amphithéâtres majestueux avec des moulures partout, des cortile ombragés, une brique jaune ocre qui resplendit au soleil, des escaliers monumentaux en marbre, et j'en passe. Seulement voilà, elle n'est pas seulement belle, cette université, elle est immmmmmmense. Et je pèse mes mots. Trouver sa salle de cours est un défi quotidien. Retrouver l'endroit où l'on a garé son vélo peut vous prendre 20 minutes. Tous les matins, je suis obligée d'arriver en avance pour être sûre d'avoir le temps de trouver mon chemin. Et encore, parfois, c'est juste juste.

Il m'arrive parfois de demander mon chemin aux autochtones. En vain. Quand ils savent exactement où se trouve la salle que je recherche, ce qui est plutôt rare, tellement elles sont nombreuses, ils me répondent, en italien d'une part (donc beaucoup trop vite pour que je comprenne quoi que ce soit, même s'ils font des efforts), d'autre part en m'indiquant un chemin tellement complexe que je perds pied après les deux ou trois premières indications. Imaginez, cela donne a peu près cela, en VF :

" La salle F ? Alors c'est simple, vous allez tout droit, vous passez une cour, une deuxième, vous sortez de celle-ci au fond à gauche après le cadran solaire mural, vous montez les escaliers, vous parcourez le couloir, vous sortez à la huitième à droite, vous traversez la cour, puis vous marchez le long du couloir, vous tournez à gauche, non à droite, oui à droite c'est ça, et puis après la salle F c'est la quatrième à gauche."

Voilà.

C'est terrible.

Je ne sais pas si j'arriverai à m'imprégner de la topographie du lieu avant la fin de l'année, d'autant plus qu'il m'est impossible de me souvenir d'un jour à l'autre de la localisation effective de mes salles de cours, étant donné que j'ai initialement tourné en rond pendant 1/2h avant de les trouver.

Hier, en suivant un Italien qui me proposait de m'accompagner lui-même à la salle XDGBFGH, je suis passée par une ravissante cour ombragée, avec des tables, des chaises, un petit café à côté, et je me suis dit que c'était le coin parfait pour travailler tranquille. Le problème, c'est que je ne sais pas si je pourrai jamais en retrouver le chemin, voire si cette salle existe pour de bon. Peut-être est-elle une oasis, un mirage, peut-être ne peut on y accéder qu'en suivant un initié, un peu comme pour le village des Schtroumphs. Ou bien en souhaitant la chercher, on ne la trouve pas, et pouf! dès qu'on arrête d'y penser, on tombe dessus.

Cette université me fait de plus en plus penser à Hogwarth-Poudlard.

 

01/10/2006

Chroniques italiennes

A y est, c'est officiel, mes aventures transalpines commencent pour de bon. A cette heure précise, j'ai terminé de vider mes valises, et me voilà confortablement installée dans mon bôôôôôô petit studio italien de la Via Appennini, 4 (27100 - PAVIA, Italia, j'attends vos cartes postales bien entendu).

Et dire que tout avait si mal commencé... Je n'ai pas attendu plus loin que le premier jour pour fondre en larmes pour la première fois de ce côté-ci des Alpes. Explication.

  1. Il pleut des trombes d'eau depuis que nous avons passé le tunnel du Mont-Blanc, ça n'arrête pas, c'est à se demander d'où peut bien venir toute cette flotte. Je brièvement panique en me souvenant qu'une fois il a plu pendant 40 jours et 40 nuits, et que c'était plutôt le bordel. Je ne suis pas l'Elu, le seul que Dieu veut bien sauver, je ne suis qu'une étudiante Erasmus. Je n'ai pas d'Arche, je n'ai qu'une chambre à la Locanda della Stazione. Comble du comble, je n'ai même pas de parapluie, et le Docteur D. a oublié son manteau à Meudon (je vous avait dit que ça commençait mal).
  2. Sur le pare-brise de la voiture, une contravention de 35€ pour avoir dépassé d'un quart d'heure la fin du ticket de parking. Faut vraiment être le fils à personne pour faire partie de la Polizia stradale. Je vais à l'Ufficio Erasmus de la fac, où je découvre que Sonia L. ne m'a jamais fait parvenir mon dossier avec mon emploi du temps, ma lettre d'acceptation, etc. Ça continue.
  3. Je vais au Centro Assistenza Studenti, où la responsable me chie une pendule parce que soi-disant elle m'attendait à 9h30 am pétantes. Je faisais la queue à l'Université !! Passons. Elle nous emmène voir ma chambre et mes collocs. Ici je me dois de préciser un point important : j'avais demandé EXPRESSEMENT un chambre simple en résidence universitaire, je me retrouve avec une chambre double en appartement privé. Admettons. Je veux bien me montrer conciliante. Seulement voilà, quand nous arrivons, c'est pour découvrir un HLM pourri. Puis un appartement exigu, pourri lui aussi, certainement pas conçu pour y vivre à 4. Dans ma chambre il y a 2 lits en fer type prison, 1 armoire et 1 bureau pour 2, pas la moindre étagère, pas de volets. Pas de pièce commune, une salle de bains à la propreté... discutable. Le Docteur D. ne parle pas un mot d'italien, mais quand la responsable me demande la bouche en cœur si ça me plait, j'ai la très nette impression qu'il veut lui dire, selon son habitude, "c'est une plaisanterie ?".
  4. En admettant que je passe un an dans ce taudis. De toute façon on est un peu déboussolé. On demande si on peut payer la somme astronomique (3 mois de loyer de caution + 3 mois de loyer anticipés = 1350 €) en chèque. Non non, impossible. Tout en liquide. Ben voyons. J'ai constamment sur moi 1350€ en petites coupures, au cas où, pour mes faux frais. Trop, c'est trop, nous quittons cette antre du diable.
  5. Il pleut toujours, et pas de la pluie de tapette, si vous me passez l'expression.
  6. Les chaussures du Docteur D. ont des semelles en cuir. Comme nous pataugeons dans des océans d'eau de pluie depuis le matin, elles n'ont pas supporté ce traitement de choc. Il a les pieds trempés, mais bizarrement ne le remarque pas tellement, dans la mesure où, sans manteau et sans parapluie, on dirait qu'il a pris une douche tout habillé.
  7. On fait quatre distributeurs automatiques pour trouver du cash, la carte bleue du Docteur n'est reconnue nulle part. Notre situation devient problématique, en plus nous avons faim, et tous les restaurants sont fermés, impossible de trouver la moindre pizzeria ouverte, bordel de chierie de saloperie de merde. Nous sommes réduits à manger des crackers au romarin tout secs avec de l'eau pour le dîner. Le Docteur dit qu'il ne sent pas bien, qu'il n'a plus assez de gras dans le sang, il dit qu'il en train de se lyophiliser.
  8. Nous trouvons une place pour garer la voiture à 10 minutes de la Locanda. A la limite, c'est pas trop grave, de toute façon on peut difficilement être plus trempés.

Je suis un peu déprimée, j'ai faim, j'ai froid, j'en ai marre, je veux aller me coucher et me réveiller en constatant que tout cela n'était qu'un vil cauchemar. Je vais prendre une douche. Enfin un peu de douceur et de bien-être. Las, quand je prends mon sèche-cheveux, les résistances deviennent toutes rouges, ça sent le brûlé, et avant même de pouvoir réaliser ce qui se passe, il émet un filet de fumée, et pouf, il s'éteint. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Je n'ai pas de maison, le climat est déprimant au possible, je dégouline d'eau et j'ai l'estomac vide. Je m'assois sur le lit et me mets à pleurer. Encore de l'eau, mais ça fait du bien, ça soulage vachement.

Vous y croyez vous, à autant de m*** sur une seule journée ?? Moi non.

Cela dit, je vous rassure, une semaine plus tard, tout s'est bien terminé. Et même si aujourd'hui, il pleut encore, et que j'ai dû raccompagner le Docteur à l'aéroport de Bergamo (non sans avoir la gorge serrée sur le chemin du retour), j'ai confiance. Cette année va être sympathique, c'est la chance de ma vie, j'y crois à mort^^

 

 

 

 

27/08/2006

Perugia sempre

La fin est proche, ça commence à se sentir... Plus que 4 jours de cours, la remise des diplômes, une ou plusieurs grosses fêtes... et le 31 je pars vers Pisa pour aller chercher Papa à l'aéroport et rentrer en voiture jusqu'à Paris. On commence à s'organiser : il nous reste encore

 

1.      à manger une grosse glace énorme (type Pam Pam à Juan-les-Pins pour les initiés);

 

2.      à manger une Torta all Testo (sorte de pan-bagnat local, à mi-chemin entre la pizza et les panini);

 

3.      à prendre l'apéritif sur les terrasses panoramiques de l'Eden, bar branché du centre ville;

 

4.      à aller enfin voir ce fichu puits étrusque, le seul et unique au monde parait-il;

 

5.      Faire "something crazy" avec Asia, notre colloc polonaise, avant son départ. On ne sait pas encore quoi mais on lui fait confiance, elle va trouver.

 

 

Encore beaucoup de choses depuis mon dernier billet. Jeudi soir, nous avons assisté à un superbe concert donné par des étudiants étrangers. C'était superbe, et nous y avons retrouvé Francesca, notre professora d'Esercitazioni e conversazioni, qui était venue avec la mamma.

 

 

Le Rock Castle

 

Le lendemain (ou la veille, je ne sais plus, j'ai perdu toute notion du temps), Johannes le Suédois nous a tous traînés dans un bar hard-rock des bas fonds de la ville pour rigoler. Nous avions l'obligation de venir habillés et maquillés en noir. Plutôt amusant de voir Paco et Jose-Maria avec du khôl sur les yeux. Le pire, ce fut notre ami finlandais, dont le nom malheureusement m'échappe : cheveux mi-longs tout blonds, avec un physique à la Rammstein, en noir intégralement. Eurovision bis. Et puis aussi Eugenio, qui était particulièrement dans le ton avec ses cheveux longs et ses traditionnelles bandanas. Bref. Après avoir fait un show que j'oserais qualifier de magistral avec MC, en dansant le madison sur Smoke on the Water de Deep Purple, chanté Du Hast avec Pollat et bu une vodka-orange sans orange (oui, ça existe, mais c'est pas très très bon pour redescendre les escaliers vertigineux de Perugia après), je suis rentrée faire un gros dodo.

 

 

Polish starter

 

Le lendemain (enfin avant-hier, quoi), nous sommes allés chez Lucasz, Jan et Asia pour la soirée. J'y ai bu un bol de Lambrusco (y avait plus de verre). Pour ceux qui ne connaîtraient pas, le Lambrusco est un vin rouge italien pétillant. ça se boit comme de la limonade (je ne me plains pas trop du bol, donc), j'adore. Déjà en France j'en consomme pas mal quand j'en trouve, alors ici, vous pensez... On a bien rigolé, surtout avec la musique. Les Espagnols ont en effet découvert Coup de Boule (Zidane il a frappé) et Le Papa Pingouin, donc il a fallu y passer. Rollin a essayé de m'apprendre à faire des ronds de fumée avec un cigare, rien à faire, je n'y arrive pas. Il faudrait que je pratique plus, mais ça coûte cher, les cigares. Ensuite, nous avons levé le camp, parce que Lucasz a peur, passé minuit, que ses voisins appellent la police (il est coutumier du fait). Nous avons donc rejoint le Celebrate, où il y avait un Chinois complètement taré qui dansait sur les tables avec un look discutable (jetez un œil aux photos pour mieux comprendre. Je suis rentrée avec Tatiana, puis j'ai croisé Lucasz et Jan, qui m'ont accompagnée jusqu'à la maison. Sur le chemin, ils ont déraciné un panneau sens interdit et ont insisté pour le mettre dans notre cuisine en guise de cadeau. J'ai dit oui, rien qu'à l'idée de voir la tête de MC et Asia au petit déj le lendemain, ça valait le coup. Évidemment, vu la taille du panneau, on a fait un peu de bruit en le cognant partout, déjà parce que l'entrée de la maison est toute petite, ensuite parce qu'on avait un peu picolé quand même (cf le bol de Lambrusco, qui a ensuite été suivi par un cocktail russo-espagnol, merci Eugenio, à base de concombre, vodka et Seven Up). Avec tout ça, il était 3h am bien tapées, on avait quand même cours à 9h.

 

 

Le laboratoire de langue

 

La journée a été très longue... Il a d'abord fallu se farcir une heure de civilisation, puis une heure de laboratoire de langue, où nous étions, malgré le Red Bull, trop fatigués et allegri pour répondre correctement. Du coup on ne disait que la fin des formes verbales, ce qui nous a bien fait rire quand on a su que la prof pouvait ré-entendre les bandes de nos enregistrements. Comme j'avais oublié d'enlever mon casque pour dire "Va fa enculo" à Tatiana, j'espère qu'elle n'était pas justement en train d'écouter mes exercices.

 

 

C'est alors qu'il me faut faire un point explicatif. Non, je ne passe pas mes journées à proférer des insultes innommables. C'est juste que c'est le seul gros mot qu'on connaît tous en italien, et, de plus, dans une langue étrangère, il perd tout son pouvoir. C'est comme fuck en anglais, tout le monde le dit à tout bout de champs, c'est pas du tout pareil que si on ponctuait toutes nos phrases en France avec en**** (non, là, je ne peux pas, quand même).

 

(Maman, si tu veux imprimer cette feuille pour la montrer à mes grands-parents, prière de m'envoyer un mail avant pour que j'efface cette digression, sinon je vais perdre mon image de marque dans la famille^^)

 

 

Bevagna

 

L'après-midi nous avons pris le car pour aller à Bevagna, l'un des "più belli borghi d'Italia", aka plus beaux villages d'Italie. Nous avions un guide super sympa, Marco, et un chauffeur de bus également fort sympathique, qui nous a laissé lire son Corriere dell'Umbria parce qu'on y parlait de Chirac en première page. Il a tenu à nous expliquer que dans cette affaire d'envoi de soldats français au Liban, notre président était ridicule, dans la mesure où il voulait absolument en envoyer plus que l'Italie. Toujours ces vieilles histoires de "qui a la plus grosse" (armée, voiture, etc.).

 

 

Malgré la fatigue, c'était très agréable. Nous avons terminé par un aperitivo médiéval, Bevagna étant très fière de son héritage étrusco-médiévalo-romain (d'où des thermes, des arcs et une fabrique de papier médiévale). Avec Merdol (de Turquie), on a bien rigolé quand on a trouvé une salle de bain ultra moderne où ne manquait qu'un jacuzzi au fond de la maison traditionnelle médiévale. Tatiana et moi avons sifflé tout le vin aux herbes qu'il y avait, c'était vachement bon. Du coup, pendant le trajet du retour on a dormi. Ce soir-là, je me suis couchée à 20h30, ça ne m'était plus arrivé depuis le CM1, je crois.

 

18/08/2006

Perugia, V : IL PALLIO DI SIENNA

La minigonna

L'Italie c'est vraiment marrant comme pays : si vous portez une minijupe, the world is your oyster. Je m'explique : vous attendez -en vain- pour traverser hors d'un passage piéton ? Le port de la minijupe vous assure l'arrêt courtois du premier mâle italien qui passera en voiture. (attention, ça marche nettement moins bien si c'est une italienne au volant, va avoir pourquoi). Vous cherchez votre chemin ? Minijupe. Vous faites la queue dans un magasin et tout le monde vous passe devant sans se préoccuper de savoir si vous étiez là avant ? Minijupe, et le vendeur se fera une joie de s'occuper de vous. Vous êtes perdue ? Minijupe, et là, non seulement on vous explique le chemin en détails, mais en plus on se détourne de son chemin pour vous accompagner. De nouveaux horizons, j'vous dis.

 

Sur le papier, ça semble simple, evidamente, mais dans la réalité, il faut aussi se farcir les klaxons, les sifflets, les regards un peu trop appuyés et les remarques du macho de base du type "ma che bella, come ti chiami ?" etc. Ah, l'Italie.

 

Depuis mon dernier billet, pleins de nouvelles choses : un dîner international, entre Erasmus, avec tortillas espagnoles, vodka polonaise, scones anglais, dessert allemand non identifié, etc. La France a su tenir sa réputation en faisant des crêpes, et en les faisant sauter svp. Succès assuré !

 

Il Pallio di Sienna

Ensuite, mercredi 16 août, nous (ie Tatiana, Marie-Caroline, Paco, Jose-Maria, Eugenio (un Russe mais qui en fait est espagnol), Rollin, Tobias et moi) sommes allés à Sienna pour voir le fameux Pallio. Arrivés à 9h30am, nous avons mis en place des "tours de garde" pour garder nos places jusqu'au soir 19h (départ de la course). Je suis allée visiter le Duomo, c'est splendide. Rollin, qui fait des études d'art (sculpture, costumes de théâtre, etc) à Firenze, n'a pas trop aimé. Moi si, par contre, j'ai trouvé cette église absolument renversante. Figurez-vous un immense dôme, immaculé, et surtout un clocher en pierres blanches et noires, alternées de façon à faire des rayures qui forme un contraste esthétiquement très très réussi. Les arcs à l'intérieur de la nef suivent le même modèle. Le narthex est renversant, encadré sur les côtés par des rangées de sculptures représentant des Saints, et la coupole du Dôme est peinte en trompe l'œil, avec des milliers d'étoiles sur fond de ciel bleu. L'alliance des rayures noires et blanches avec les dorures, le bleu... C'est à couper le souffle. Ensuite, nous avons pris notre tour de garde, la Piazza del Campo commençait à se remplir.

 

Le Pallio est en réalité le nom de l'étendard remporté à la fin de la course. Chaque année il est dessiné par un artiste différent, et la contrada qui l'emporte l'exhibe fièrement dans son quartier jusqu'à l'année suivante. La Pallio, la corsa dell'anima (la course de l'âme), rassemble des jockeys issus des 17 contrade (quartier, district) de la ville. Chacun a un animal pour emblème : la Tortue, l'Oie, le Dragon, L'Éléphant... que l'on retrouve partout, sur les murs et les magasins du quartier. Chacun a sa propre devise, ses propres couleurs, ses ennemis désignés, etc. Vers 15h, chaque contrada se réunit dans son église pour la bénédiction du cheval et du jockey, qui vont ensuite parader fièrement dans les rues. Inutile de préciser que les bagarres de rues entres membres des différentes contrade est plus que fréquent... A partir de 16h, la place est fermée, il est interdit de circuler sur la piste qui l'entoure. Un gros camion citerne passe pour l'arroser et fixer un peu la poussière, et en profite pour arroser généreusement les spectateurs qui en redemandent, vu la chaleur ! Les gros boudins, matelas en mousse and co placés le long de la piste et surtout à chaque tournant laissent présager de la violence de la course...

 

Nous sommes placés dans le coin le plus dangereux de la course, celui où les chevaux ont toutes les chances (si je puis m'exprimer ainsi) de se vautrer. A 16h30 commence le défilé : chaque contrada parade en costume médiéval, effectue un petit show, type majorette mais plus viril, avec son drapeau. Comme il y en a 17, ça occupe pour un bout de temps.
Ensuite, les propriétaires des chevaux font le tour de la piste à pied (ça porte chance) et là, les choses sérieuses commencent. Il s'agit maintenant de faire s'aligner les chevaux dans un ordre rigoureux, déterminé par tirage au sort, sur la ligne de départ. Cela peut durer des heures, car si une patte ou une oreille dépasse, on recommence tout ! Il règne sur la place un silence impressionnant, quasi religieux, tout le monde étant suspendu aux lèvres du "speaker", jusqu'à ce qu'il lance le départ. Cette année, il fut particulièrement rapide, puisqu'il n'eut lieu qu'avec 40 min de retard (une telle rapidité, c'est aussi miraculeux qu'exceptionnel, d'après les Siennois présents). Une année, m'a-t-on dit, il a mêmefallu reporter la course au lendemain !

 

Un, deux faux départ, une chute, tout le monde râle, mais l'attente fait partie du jeu, et au moment où personne n'y croit plus, ils s'élancent ! Trois tours de piste à fond les manettes, les jockeys à cru (ben oui, avec une selle ça serait vraiment trop facile) surexcités se bousculant, se donnant des coups dès qu'ils le peuvent et hurlant pour faire accélérer au maximum leurs chevaux, eux aussi surexcités. Sur la place, c'est l'hystérie. Tout le monde hurle, agite son foulard, en profite pour taper/marcher/ sur son voisin de la contrada adverse, etc. Trois tours seulement, en moins de deux minutes, c'est fini... La contrada qui remporte la course déborde alors sur la piste, porte le jockey en triomphe, pleure, se roule dans la poussière (ça porte chance, ça aussi ?) et emporte SON Pallio vers le Duomo, puis dans les rues pour faire la fête toute la nuit.

 

Waou. Court, mais intense. Retour à la casa ensuite, chacun avec son petit foulard. Le mien, c'est celui de la Contrada dell Dragone, dont la valeur clef est l'Ardeur, et la devise "The ardor in my heart becomes flame in my mouth" (désolée, mon guide sur le Pallio est en anglais). Tout un programme^^

 

L'olio di oliva

Hier, visite d'une petite entreprise qui produit de l'huile d'olive. Petite visite, puis dégustation de bruschette : du pain grillé, frotté avec un peu d'ail, du sel, et arrosé largement d'huile d'olive. Là, surprise : personne n'aurait pensé qu'une huile d'olive pouvait être aussi forte en goût, aussi fruitée et tout ! Incroyable. L'huile d'olive, c'est toute une institution ici : elle a ses propres sommeliers, et son "guide Michelin". C'est l'œnologie locale, bref. Ai appris un nouveau mot : ubriaca. En gros, ça veut dire bourrée comme un coing, saoûl quoi. Comment l'ai-je su ? Ben, une certaine M.-C. B. a un peu trop goûté le vino della casa^^ Chut, ne dites pas que je vous l'ai dit !

 

Voilà, pour l'instant c'est tout (c'est déjà pas mal, remarquez). Ce soir, Pollat nous fait un dîner turc. En attendant, il faut que je bosse un peu, moi. A presto !