« 2007-04 | Page d'accueil | 2007-07 »

31/05/2007

Le Château de Kafka

     Aujourd'hui j'avais mon examen d'histoire. Laissez-moi vous conter comment cela se passe, les examens à la mode italienne :

     D'abord, vous vérifiez à 00h02 sur Internet que personne n'a modifié le lieu, ni l'horaire, voir, soyons fous, le programme de révision à la dernière minute. On ne sait jamais.

(ex. C'est Morgane L., qui arrive à son examen de chinois à 10h, alors que tout le monde avait reçu le mail du prof la veille au soir disant que pour des raisons personnelles, il avançait d'une heure l'examen. Argn.

ex. C'est Olivia, Aline et Mounia, qui arrivent bétonnées sur l'Union européenne à leur examen d'anglais, suivant ce que leur avait dit la prof au dernier cours, et qui tombent... sur un examen de phonétique, oui oui, avec tous les petits signes cabalistiques que personne ne connait. Dommage.)

     Bon normalement, c'est toujours 9h30, dans le bureau de la Professoressa P., toujours Istituzioni, società e potere negli stati regionali italiani tra '500 e '600. Vous allez vous coucher, et votre sommeil sera, de façon inversement proportionnelle, aussi léger qu'Anna Nicole S. est lourdissime quand elle fait son delirium tremens à 3h am.

     Le lendemain matin, vous arrivez à 9h15 pour 9h30, comme on vous l'a appris en France, après avoir fait un rapide détour pour checker les panneaux d'affichage, au cas où une news inopinée aurait fait son apparition à 00h03. Rien. Vous arrivez à 9h17 devant le bureau. Las, ici le "quart d'heure académique", c'est la règle. Vous patientez, raide comme un piquet, dans le couloir. J'ai le temps de relire mes fiches ? Non, certainement pas. J'ai le temps d'aller au toilettes ? Sûrement pas.

     En fait si. A 10h30, vous estimez que le retard académique a assez duré. Vous commencez à vous demander si la prof n'a pas oublié qu'elle devait faire passer des examens aujourd'hui. Au cas où, vous attendez 11h, heure à laquelle débute le "ricevimento", et où, sauf cas de force majeure, elle arrivera.

     A 11h45, vous commencez à sérieusement vous poser des questions. En plus, vous avez faim, soif, envie de faire pipi, mal aux jambes, trop chaud, évidemment vous êtes là depuis 9h15, mais vous n'osez pas quitter votre place, dans le couloir à fixer le bureau qui reste obstinément clos, au cas où il se passerait quelque chose.

     A 12h, vous vous décidez à aller passer vos nerfs sur la secrétaire de l'accueil, pour savoir où est cette salope de Professoressa P. Et là, voici le dialogue, en VOSTF :

- Bonjour, la professeur P., elle n'est pas là aujourd'hui ? Vous savez si elle a laissé un mot ou quelque chose ?

- Si, elle est là, elle fait passer des examens.

- ... Oui merci je sais, justement j'aimerais bien le passer mon examen, mais son bureau est fermé à clef, il n'y a personne.

- Aaah, mais c'est normaaaal, les examens elle les fait passer dans le bureau du professeur M.

- ??? Mais mais mais sur le site Internet de l'université et sur les panneaux d'affichage en bas, il y a marqué que la session d'examen a lieu dans son bureau !

- Oui mais ça veut dire qu'en fait c'est dans celui du professeur M.

     Vous n'avez rien compris ? Moi non plus. Vous vous souvenez, dans Astérix et les 12 travaux (Kafka et Astérix dans le même texte, ça c'est la classe), quand Obélix il pète les plombs parce qu'on lui demande toujours le mauvais formulaire ? Ben un peu pareil, mais pire.

     A 13h, en nage, rouge de colère-énervement-stress, au bord de l'hypoglycémie, la vessie au point critique de l’implosion, et la gorge sèche comme le Grand Canyon, j'avais fini mon examen.

     28/30.

     Merde, vu le temps que j'ai passé à battre la semelle dans les couloirs de la fac de sciences politiques, elle aurait pu me rajouter 2 points bonus.

     Font chier ces ritals.

23/05/2007

Adieu Monsieur le Professeur

     Aujourd’hui, c’était mon dernier cours de Storia delle Dottrine Politiche.

     C’était aussi « la dernière séance » pour il Professore Arturo Colombo, qui part en retraite l’an prochain.

     Après avoir réglé son compte à Marx, il s’est rassis à son bureau, et nous a dit « voilà, c’est fini… En guise de conclusion, je vous citerai une dernière fois Alessandro Manzoni, que j’aime tant :

     "Se non v'è dispiaciuta affatto, vogliatene bene a chi la scritta,... . Ma se invece fossimo riusciti ad annoiarvi, credete che non s'è fatto apposta."  » (si cette histoire vous a plu, remerciez celui qui l’a écrite. Si en revanche j’ai réussi à vous ennuyer, croyez-bien que je ne l’ai pas fait exprès)

     Puis il s’est levé, a commencé à rassembler ses affaires, et là : standing ovation, des « bravo ! » et des « grazie ! » qui explosent dans tout l’amphi, tous les étudiants debout qui tapent des pied sur les gradins…

     Et notre Arturo, cette grande gueule d’Arturo qui nous a tant fait rire depuis le premier cours, en nous disant notamment « Machiavel, ça s’écrit avec un seul « C » comme dans CACA… C’est ça, riez, au moins vous vous en souviendrez ! », ce sacré petit vieux infatigable à l’énergie sans limite, qui commençaient toujours par présenter ses auteurs en punaisant au mur leur caricature… Et bien là, face à tous ces étudiants qui l’ovationnaient, il était tout ému, presque surpris de susciter une réaction pareille. Il est resté comme deux ronds de flanc, un sourire à la fois béat et un peu gêné sur les lèvres, pour un peu il serait devenu tout rouge.

     Et puis, fidèle à lui-même, il a fait un grand moulinet des bras, et nous a dit « ça suffit maintenant ! Allez réviser plutôt, parce que si vous croyez que c’est comme ça que vous allez réussir à m’amadouer… »

 

Adieu, monsieur le professeur.
On ne vous oubliera jamais
Et tout au fond de notre cœur,
Ces mots sont écrits à la craie.